Découverte d'un esturgeon sturio en Grèce

Publié le par Onema

La meilleure nouvelle de la semaine !


L’esturgeon européen, Acipenser sturio, fréquentait autrefois les côtes et rivières de l’Europe de l’Ouest. Depuis le début du 20ème siècle, l’intensification de sa pêche en mer et en estuaire, notamment pour la fabrication de caviar, a entraîné sa quasi-disparition. A cela, s’ajoutent d’autres facteurs aggravants comme la dégradation de la qualité des eaux, la destruction des frayères ou la construction de barrages. On ne connaissait jusqu’à aujourd’hui, qu’une seule population d’esturgeons européens : dans le bassin de la Gironde. Mais malgré la protection dont elle est l’objet depuis 1982 en France, puis depuis 1998 à l’échelle européenne, cette communauté continue de régresser.

Le sturio, comme l’appellent les scientifiques, peut vivre une centaine d’années, mesurer jusqu’à 3,5 mètres et peser 300 kilos. L’équivalent d’un silure, mais c’était un poisson bien de chez nous. Poisson migrateur, il passe la majeure partie de sa vie en mer. Durant l’été, les individus juvéniles âgés de 1 à 8 ans font de fréquentes incursions dans les eaux saumâtres des estuaires, où ils s’alimentent. Ils leur faut attendre leur 10 ans pour les males et 15 ans pour les femelles avant d’être en age de se reproduire. Ils migrent alors dans les eaux douces des fleuves. On en capturait, dans le temps, à Toulouse ou à Metz, à plusieurs centaines de km de la mer !

 L’espèce a donc quasiment disparue. Il n’en était plus rencontré quelques individus en Gironde. En 10 ans, seulement deux couples de géniteurs ont été pêchés. On comprend mieux alors les difficultés pour les rares survivants à se retrouver pour se reproduire sur les quelques frayères (qui plus est de mauvaise qualité) que la Garonne et la Dordogne leur offrent encore.

 Le Cemagref est en charge d’un programme de réintroduction de l’espèce comprenant la protection des principaux habitats et la réintroduction d’individus nés en piscicultures. A la station expérimentale de Saint-Seurin-sur-l’Isle, en Gironde, les bassins sont aujourd’hui occupés par une dizaine d’individus pré-adultes ou adultes et une centaine de juvéniles, d’origine sauvage ou nés en captivité. Obtenir ces quelques esturgeons n’a cependant pas été une mince affaire. La première difficulté a été de capturer des individus adultes capables de se reproduire. Or la capture de géniteurs est très rare. Toutefois, en 1995, les scientifiques réussissent leur première reproduction artificielle grâce aux deux géniteurs mâle et femelle capturés accidentellement par des pêcheurs. 23 000 alevins sont ainsi obtenus. Une réussite pour les chercheurs qui peuvent ainsi se constituer un “ stock ” de futurs géniteurs. Mais il faut encore attendre qu’ils atteignent leur maturité sexuelle.

 Les progrès de la pisciculture ont aussi permis l’élevage des autres espèces d’esturgeons européennes (principalement originaire des fleuves de la mer Caspienne) aux fins de produire du caviar.Certaines piscicultures se sont même implantées en France. C’est sans doute ces élevages qui sauveront ces espèces, rendant le caviar d’élevage moins cher que le caviar sauvage. Mais, les pisciculteurs choisissent les espèces faciles à élever et/ou celles ayant la meilleure croissance comme, par exemple, l’Esturgeon sibérien et l’Esturgeon blanc, A. baerii et A.transmontanus, favorisant leurs dispersion hors de leurs régions d’origines. Car il y a toujours des poissons qui s’échappent des piscicultures et se retrouvent dans le milieu naturel au contact des populations autochtones. Un exemple de « pollution génétique » a été  mis en évidence entre l’Esturgeon sibérien (A. baerii) et l’Esturgeon russe (A. gueldenstaedti) de la Volga. Ce phénomène est potentiellement d’autant plus néfaste que les espèces d’esturgeons ont la même ploïdie (même nombre de chromosomes) conduisant ainsi à un hybride fertile. En Gironde, lors la tempête du 27-28 décembre 1999 la digue protégeant la rive droite de l’estuaire de la Gironde, a été submergée, permettant l’échappement de 27 tonnes d’esturgeons d’élevage sibériens Acipenser baeri1, d’une pisciculture.

La dépêche Yahoo devrait redonner de l’espoir à tous les défenseurs de cette espèce. Un jeune sturio de 5 mois et 35 cm a été capturé (puis relâché) dans le parc aquatique d'Evros en Grèce, L’espèce avait été déclarée disparue de ce pays en 1975 ! Cette capture montre que quelques individus ont pu survivre en mer et sont venus se reproduire cette année ! On peut penser que se sont des poissons nés au début des années 1970. Il n’y a probablement plus eu de reproduction depuis ces années dans ce bassin. En effet si on fait l'hypothèse d'une ponte en 1975, on aurait du pouvoir observer de nouvelles reproduction à partir des années 90 ! Sans doute trop peu nombreux pour avoir une chance statistiquement de se trouver dans la rivière, il a fallu attendre cette année pour que 2 adultes (au moins) se rencontrent au bon moment pour se reproduire. Heureusement que ce poisson peut vivre 100 ans ! Il est peu probable qu’on puisse observer cet événement à nouveau dans les années à venir et peut-être faudra t’il attendre à nouveau 30 ans pour redécouvrir un sturio. Peut-être aussi était-ce la dernière fois que les biologistes grecs voyaient un juvénile. Mais peut-être pas !

En tout cas c’est une excellente nouvelle. Car le stock français est actuellement reconstitué à partir de très peu d’individus (peut-être seulement 2) et cette population est encore loin d’être sauvée.

Savoir qu’il existe encore quelques individus grecs permettra peut-être d’éviter les ravages de la consanguinité !

Espérons que les autorités de ce pays et de l’UE sauront protéger et étudier cette population relique !


   
Photos d'un esturgeon exposé à l'aquarium de Nancy, capturé dans l'Ill, principal affluent français du Rhin, mais ni le lieu exact ni la date de capture ne sont précisés.

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Alexia 11/01/2010 20:11


Je précise que j'ai cliqué sur "dépêche Yahoo" mais que le lien ne semble plus valide...


Alexia 11/01/2010 20:08


Bonjour, cette information concernant la présence d'un individu de l'espèce acipenser sturio en Grèce m'interesse. J'ai peut-être mal lu mais je n'ai pas trouvé la source de ces bonnes nouvelles.
Pourriez-vous me la communiquer, ainsi que la date à laquelle elle a paru ?
Merci d'avance.


Lola 13/04/2006 14:10

Pas de livre d'or ? Pas grave...
Je viens de découvrir votre blog par l'intermédiaire de celui de Raffa. Merci pour toutes ces infos... Je fais circuler l'adresse...
A bientôt !
 
 
 
 
 
 

dtouts 09/12/2005 21:51

super nouvelle...ça arrive pas souvent aux poissons !

Ysengrin 17/11/2005 18:17

Ouaip, par contre, lu ce matin dans le journal que l'esturgeon de la mer Caspienne aura disparu dans 15 ans... Les nouvelles que je vois passer sur les poissons sont rarement bonnes... (tiens, encore une : http://actu.voila.fr/Depeche/ext--francais--ftmms--science/051117161828.05xb3ast.html )

Donc, encore merci pour les bonnes nouvelles du Grec, même si c'est pas LUI sur la photo ;-))