Les anguilles de la Moselle empoisonnées et empoisonnantes

Publié le par Onéma

La commission internationale pour la protection de la Moselle et de la Sarre (CIPMS), vient de mettre en ligne sur son site Internet un rapport d analyse de la contamination des sédiments de ces rivières ainsi que de la chair des anguilles et des gardons par les PCB. Je développe cette information ici sur Demain-la-Terre.


Il apparaît que sur certains sites, un homme de 70 kg ne doit pas consommer plus de 3 portions (10 sur les sites les moins contaminés) de 230g d’anguille par an sous peine de risque de cancer ou de problèmes immunologiques, reproductifs ou dermatologiques (souvenez vous du visage de Monsieur Iouchtchenko).

Les gardons sont également contaminés mais à un degré moindre. En effet les PCB ne sont pas biodégradables et s’accumulent à chaque ingestion dans les graisses (ils sont liposoluble donc dans les cours d’eau, on ne les trouve que dans les sédiments hors période de crue) et le foie des animaux. Les poissons carnassiers et les poissons fouisseurs sont donc plus contaminés que les autres. L’anguille cumule ces 2 inconvénients. Encore un sérieux handicap pour cette espèce en voie de disparition qui survivait à la régression de son habitat continental (les zones humides), à la sur-pêche (des civelles dans les estuaires), aux obstacles à sa migrations vers l’amont des cours d’eau, aux mortalités à travers les turbines hydro-électriques, aux parasites introduits (involontairement, en provenance du Japon, dans les années 90) par l’homme. Voila maintenant qu’elles sont contaminées par des quantités de PCB jusqu’à 50 fois supérieures au seuil de toxicité fixé par l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS).

Malgré la volonté de Bruxelles de protéger cette espèce, combien de rivières sont à jamais contaminées par les PCB issus des anciens transformateurs d’EDF ou de Réseau Ferré de France mais dont certains sont encore en activité aujourd’hui malgré l’interdiction des PCB en 1992 !

Concernant la santé humaine et des écosystèmes, l’étude ne porte que sur 2 espèces de poissons relativement peu consommés. On peut raisonnablement s’interrogé des concentrations présentent dans la chair des poissons carnassiers couramment consommés par les pêcheurs voir recherchés par les gastronomes comme le sandre et le brochet. Les poissons fouisseurs sont également sensibles, quid du goujon et de la tanche ? Enfin le silure, de plus en plus présent dans la Moselle, cumule comme l’anguille, le double handicap d’être au sommet de la chaîne alimentaire et de vivre au contact des sédiments empoisonnés.

Il est malheureusement impossible de « nettoyer » la Moselle. De toute façon où trouverait-on des décharges étanches pour stocker toutes ces vases ? Combien d’autres rivières sont elles contaminées ? Il existe des études non disponibles sur le net sur la Seine (dans le cadre du programme de recherche Piren Seine), certains canaux d’Artois-Picardie, la Charente, etc. Trop tard pour elles. Il faudra attendre une certaine dilution dans l’ensemble de la biosphère (sic).

Espérons que les autorités ne dissimulent pas un nouveau scandale sanitaire et écologique et qu’il reste suffisamment de cours d’eau non pollués pour permettre la survie de l’anguille… En attendant, il est totalement inadmissibles que l’Etat (DRIRE) accorde un délais jusqu'en 2010 à certains industriels pour le remplacement d’anciens transformateurs potentiellement très polluants, ou que certains sites industriels terrestres très contaminés ne soient pas confinés (voir le cas de l’usine France Transfo près de Metz page 4 de ce document) pour les empêcher de conaminer à leurs tour la nappe phréatique et la rivière.

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Onéma 23/02/2007 20:51

Après la Moselle, le Rhône :
http://fr.news.yahoo.com/23022007/202/rhone-la-zone-d-interdiction-de-consommer-des-poissons-elargie.html