Histoires naturelles : quels poissons dans quels lacs ?

Publié le par Onéma

Les différents poissons qu’on peut trouver dans un plan d’eau résultent de diverses colonisations à partir soit des rivières soit d’introductions par l’homme. Comme une famille qui déménage dans une nouvelle ville, le poisson qui arrive dans un lac doit pour s’y plaire trouver un climat, une maison et des voisins qui lui conviennent.

 

Le climat c’est la température de l’eau et sa qualité, selon les espèces, ils vont préférer des eaux plus ou moins fraîches. Une légère pollution peut procurer davantage de nourriture à certains poissons ou des problèmes respiratoires pour d’autres.

La maison, c’est une cuisine avec un frigo bien remplis, une chambre à coucher pour dormir et … faire des enfants et un séjour où l’on se sent chez sois à l’abris des méchants voisins prédateurs. Voisins qui peuvent également être des concurrents. Ils peuvent lorgner sur votre maison ou passer avant vous au supermarché et ne rien vous laisser dans les rayons.

 

L’équilibre entre les différentes espèces est donc la résultante à la fois de la ressource trophique, des habitats disponibles (reproduction et abris) et des relations inter spécifiques (prédations ou concurrence alimentaire).

 Quels sont les facteurs naturels qui influent sur cet environnement aquatique ?

L’altitude d’un plan d’eau détermine son profil thermique. Au dessus de 1200 – 1500 m d’altitude, les lacs sont essentiellement peuplés de salmonidés : truites, saumons de fontaine, corégones, omble chevalier. Il n’y avait naturellement pas de poissons dans les lacs de haute altitude, toutefois certaines de ces espèces une fois introduites pour des raisons halieutiques s’y sont acclimatées. Si elles font le bonheur de certains pêcheurs sportif amateurs de longues marches en montagne, elles ont malheureusement contribuée à faire disparaître les batraciens qui occupaient les lieux avant !

Peu de gens le savent, mais l’eau est plus lourde à 4°C ! Aussi, il s’établit des différences de température entre la surface et le fond d’un lac. En hiver le lac peut geler alors que le fond reste à une température supérieure à O. Au printemps et en été, les eaux de surface se réchauffent alors que l’eau à 4° C tombe au fond du lac. Deux masses d’eau se séparent, on parle de stratification estivale. Elle garantie dans l’hypolimnion (au fond) des eaux fraîches où certaines espèces dites psychrophiles (le corégone ou la lote par exemple) trouvent refuge quand les eaux de surface (l’épilimnion) se réchauffent trop.

 La stratification ne s’établie que dans des lacs d’une certaine profondeur (au moins 12 mètres). Certaines espèces ne seront donc présentes que dans des lacs profonds, d’autant plus que certains poissons comme l’omble chevalier fraie essentiellement en zones de grande profondeur.

A l’exception de quelques retenues artificielles, par définition, l’eau ne s’écoule pas dans un plan d’eau. La production primaire (issue de la photosynthèse des plantes) dépend directement de la quantité de lumière et des nutriments disponibles. La nature géologique régionale intervient donc pour déterminer la quantité de nourriture disponible. Ainsi, les lacs sur terrains calcaire sont plus productifs que les lacs sur terrains siliceux. Par ailleurs, à l’échelle géologique, l’age d’un lac et son vieillissement vers son comblement final intervient également sur sa productivité. Un lac pouvant évoluer vers un envasement très favorables aux plantes aquatiques (on parle d’eutrophisation) ou vers une acidification par de la tourbe (on parle de dystrophie). 

Dans l’eau, les différentes longueurs d’ondes de la lumière sont rapidement adsorbées. On distingue sur un axe de profondeur une zone photique (où la lumière est suffisamment présente pour qu’il y ait photosynthèse) d’une la zone aphotique. En général ces 2 zones se distinguent entre 3 et 6 m de profondeur.

Selon la forme de la cuvette et la période de l’année, l’énergie solaire n’est pas exploitée de la même manière par les végétaux. Les macrophytes s’encrent dans les zones peu profondes (<3m) et ne concurrencent pas le phytoplancton dans les zones profondes. Les lacs possédant une zone littorale peu profonde abriterons donc davantage d’herbiers au les lacs aux berges escarpées. Cette caractéristique conditionne donc la base de la pyramide alimentaire.

Le nombre, l’importance en terme de linéaire et de débit des cours d’eau arrivant (affluents) et sortant (émissaire) du lac structure également les peuplements piscicoles. Certains poissons se développent très bien en plan d’eau (où il n’y a pas besoin de luter contre le courant) mais n’y trouvent pas de frayères (la chambre à coucher). C’est en particulier le cas de la truite qui change de robe (elle devient argentée) et grandie plus vite dans certains lacs. La quantité de frayères disponible dans les cours d’eau (tributaires) détermine la quantité de jeunes arrivant dans le lac (recrutement). Les barrages empêchant les adultes de migrer sur les affluents et l’exutoire peuvent faire disparaître ces espèces.

Plusieurs scientifiques ont montré que la taille d’un lac joue sur sa richesse spécifique. Car en général, plus un lac est grand, plus il est probable qu’il présente des niches écologiques différentes, c'est-à-dire des habitats plus ou moins rares comme des plages de sables ou des éboulements rocheux, des marécages, etc. C’est particulièrement vrai dans les lacs africains de la vallée du rift où différentes espèces de chiclidés peuvent se succéder sur quelques mètres.

 Le marnage (les variations du niveau de l’eau) quand il est naturel, permet la pousse d’une végétation hydrophile (qui aime l’eau) sur les bordures. Au printemps elle constitue des frayères notamment pour les brochets, mais aussi des sites de nidification pour un grand nombre d’espèces d’oiseaux. Inversement beaucoup de retenues connaissent un marnage important et/ou décalé par rapport à l’hydrologie naturelle, qui empêchent la pousse des macrophytes. Cela engendre une perte d’habitat, d’abris et de support pour les macro-invertébrés (les insectes aquatiques, certains mollusques, etc) et les poissons.

 

La présence d’abris contre la prédation est fondamentale pour les plans d’eau peu profonds particulièrement ceux soumis à la prédation des cormorans. Ces abris sont essentiellement assurés en été par les herbiers de macrophytes où les juvéniles se soustraient aussi à l'appétit des poissons carnassiers, plus grands. Certains lacs essentiellement de régions montagneuses, peuvent présenter des anfractuosités rocheuses que certaines espèces recherchent (lotes par ex). Il est rare de trouver des branchages en nombre importants dans les lacs naturels, ils peuvent par contre être fréquents dans les retenues artificielles dont certaines n’ont pas été déboisées lors de leur mise en eau. Ces bois peuvent alors mettre des années avant de se décomposer ou d’être enfouis sous le sédiment. Ces habitats sont souvent recherchés par les pêcheurs car certains poissons y trouvent un abri en zone profonde et d’autre y chassent.

La présence de ces substrats solides (roches, bois et parfois certaines plantes) permet aussi à des mollusques de se fixer, les dresseines par exemple.

 Enfin en plan d’eau les poissons eux même peuvent être responsables de la disparition d’autres espèces. L’introduction de poissons carnassiers comme le brochet ou le sandre dans un lac peut significativement modifier le nombre de poissons fourrage (les proies) et favoriser les poissons de plus grandes tailles. Inversement l’introduction de poissons fouisseurs comme la carpe et la brème dans un plan d’eau peu profond peut totalement modifier la composition d’un peuplement. En fouissant ils contribuent à remobiliser le phosphore présent dans la vase et à augmenter le taux de matière en suspensions qui limitent la pénétration de la lumière dans l’eau. Au delà d’une certaine densité de ces espèces, des plans d’eau dit à eau claire avec des macrophytes basculent en eau turbide à dominante planctonique. Brochet, carpe et rotengle régressent au profit du sandre et du gardon.

 Pour conclure, les plans d’eau sont des milieux fragiles où un changement à première vue mineur peu facilement rendre la maison désagréable pour l’un de ces habitant et par effet de domino pour plusieurs autres. Par ailleurs, dans leurs eaux dormantes, les pollutions s’accumulent au fond de leur cuvette et sont beaucoup plus longues à se résorber qu’en cours d’eau.

Si vous avez la chance de vivre à proximité d’un lac, sachez par exemple que remblayer une zone humide pour y construire un camping ou une base de loisir est souvent une catastrophe. Amis pêcheurs interdisez vous de relâcher une nouvelle espèce parce que vous espérez la reprendre plus tard ou parce qu’elle vous a servi d’appas et qu’elle vous a échappé. Si elle s’acclimate, elle modifiera immanquablement la présence des autres habitants et ce pour toujours.

Quels sont donc tous ces poissons ?

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