La restauration des cours d’eau

Publié le par Onéma

Les cours d’eau ont subis de multiples agressions depuis que les hommes se sont installés sur leurs berges. En effet outre bien évidemment la ressource en eau pour la boisson ou les lavoirs, ils sont souvent une des premières voies de communication et une source d’alimentation. Très tôt ils ont malheureusement servis aussi d’égouts. Au moyen age ils ont connus leurs premiers moulins.

Au XIX ème  siècle certains ont été canalisé pour améliorer la navigation : certains méandres ont été recoupés, les berges ont été stabilisées par des pierrés (puis au siècle dernier par des rideaux de palplanches).

 

 

C’est aussi le siècle des premières digues pour luter contre les inondations. Les travaux de Tulla sur le Rhin sont sans doute parmi les plus impressionnants.

 

 

 

Au XX eme siècle tout s’est accéléré grâce au ... pétrole et bien sur aux machines que cette énergie bon marché alimente. Les tractopelle ont sur creusé les rivières canalisés, construits des barrages colossaux totalement infranchissables pour les poissons, pour construire les routes et les villes les matériaux du lit des cours d’eau ont été prélevés. D’abord dans le cours d’eau lui même (lit mineur) entraînant un enfoncement de la rivière et de la nappe phréatique responsable d’une perte considérable de zones humides (annexes hydrauliques) qui se sont retrouvées soit asséchées soit déconnectées du cours d’eau donc plus fonctionnelles. Ensuite dans la plaine d’inondation (lit majeur) en laissant de vastes zones de plans d’eau découvrant donc polluant la nappe phréatique.

 

 

 

 

 

Après guerre, l’ingénierie publique a rectifié et recalibré les cours d’eau pour qu’ils évacuent plus vite les précipitations. Résultat sur des kilomètres les cours d’eau se sont encore enfoncés par augmentation de l’érosion (régressive) et les habitats piscicoles se sont banalisés. En aval, l’ampleur des crues a été sans précédent et d’une soudaineté jamais vue. En été des cours d’eau qui ne s’asséchaient jamais,

s’arrêtent de couler certains étés car les zones humides qui les alimentaient ont été drainées suite à ces curages.

 

 La prise de conscience.

  Ce n’est que dans les années 80- 90 que l’on a prises conscience de la catastrophe. D’abord en constatant la disparition des poissons. D’où la loi dite « pêche » en 1984 qui a protégés les frayères et les zones de repos ou d’alimentation des poissons, ainsi que rendu obligatoire le passage des poissons migrateurs sur certains cours d’eau.

  La principale avancée sera celle de 1992 avec la loi sur l’eau qui outre de décentraliser la gestion de ce précieux liquide, soumettait à déclaration ou autorisations tous les travaux qui auparavant étaient réalisés sans aucune considération écologique.

Avec les SDAGE approuvées en 1996, un grand nombre de ces travaux soumis à autorisation n’ont plus pu se faire sans mesures compensant leur impact sur l’eau.

 

 Le temps de la restauration

 

 Initialisé dans une premier temps par les pêcheurs constatant le peu d’efficacité dans le temps des empoissonnements qu’ils réalisaient et constatant une amélioration de la qualité des eaux suite aux constructions de stations d’épurations financés par les Agences de l’eau, les premiers aménagements de frayères ont débutés dans les années 1990.

  Avec la Directive cadre sur l’Eau, les collectivités territoriales se lancent enfin dans la restauration des cours d’eau qu’elles ont souvent contribué à dégrader. 

 Différents guides techniques. 

 Si vous en avez marre de voir couler un chenal remplis de gardons et chevesnes devant chez vous, différents guides sont à votre disposition.

Je vous conseille :

-          - le guide des petits aménagements piscicole de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne et du CSP

-           - Réhabilitation of river for Fish de la FAO

-          - Le Brochet – Biologie et gestion de Francis Chancerelel collection CSP Mise au point

-          - Stream corridor restoration du fédéral interagency stream restoration working group des states. 

 Mais récemment certains ont cherché à montrer l’efficacité de ces travaux.

 

  Je vous ai déjà recommandé la plaquette sur la «Restauration physique des cours d’eau dans le Nord-Est de la France  »  du CSP.

Je vous invite maintenant à lire « La reproduction du brochet. Bilan des suivis en Bourgogne et en Franche-Comté »   du même CSP

  Mais surtout lisez le guide technique sur des retours d’expériences dans le bassin RMC, rédigé par JR Malavoi et le bureau d’études Biotec 

 Les principes de base de ce document sont :

v     plus un cours d’eau est puissant;

     v     plus ses berges sont facilement érodables;   

v     plus son transport solide est intense.  

Ø     meilleure sera la garantie de réponse positive du système; 

Ø     plus rapides seront les résultats; 

Ø     plus grande sera la pérennité des bénéfices écologiques de la restauration; 

Ø     et ceci à moindre coût, puisque le cours d’eau effectuera lui-même 

Ø     une partie du travail de restauration

 Il rappelle que les capacités d’ajustement d’un cours d’eau étaient en grande partie fonction de sa puissance spécifique. « Un seuil majeur apparaît aux environs de 35 W/m2 au-dessus duquel la puissance naturelle de cours d’eau anciennement chenalisés a permis à ces derniers de se réajuster morphologiquement et de retrouver petit à petit une géométrie plus naturelle. Un seuil mineur est visible aux environs de 25 W/m2. Les autres valeurs de puissance ne permettent pas d’identifier de seuils supplémentaires. Cette valeur de la puissance doit être ajustée en fonction du substrat des berges et de la capacité restante de transport solide (présence de bans d’alluvions grossiers) ».

 En conséquence, il convient de distinguer 3 niveaux d’ambition en restauration des lits mineurs:

 

 

·         Niveau R1; objectif de restauration d’un compartiment de l’hydrosystème, souvent piscicole, dans un contexte où l’on ne peut réaliser une véritable opération de restauration fonctionnelle. Il s'agit régulièrement de mettre en place des structures de diversification des écoulements : déflecteurs, petits seuils, etc. Ce niveau d’ambition ne nécessite pas une grande emprise latérale. Il peut être mis en œuvre dans l’emprise actuelle du lit mineur ou légèrement augmentée. Il est à réserver en zone urbaine ou péri-urbaine, où les contraintes foncières sont importantes;   

·         Niveau R2; objectif de restauration fonctionnelle plus globale. L’amélioration de tous les compartiments aquatiques et rivulaires est visée : transport solide, habitat aquatique, nappe alluviale, ripisylve. Ce niveau nécessite une emprise foncière plus importante (de 2 à 10 fois la largeur du lit mineur avant restauration). Il peut être atteint par exemple par un réméandrage pour un cours d’eau rectifié, par un écartement des digues pour un cours d’eau fortement endigué, par la "remise" à ciel ouvert d'un lit de cours d'eau mis sous tuyau ou couvert, etc.;   

·         Niveau R3; niveau R2 + espace de mobilité ou de fonctionnalité. Restauration fonctionnelle complète de l’hydrosystème y compris de la dynamique d’érosion et du corridor fluvial. L’emprise nécessaire pour que ce niveau d’ambition soit pertinent est au minimum de l’ordre de 10 fois la largeur du lit mineur avant restauration.   

 

Ces niveaux de restauration sont à croiser avec les capacités de récupération du cours d’eau.

Il faut rester conscient que des programmes de restauration inadaptés au type de cours d’eau peuvent soit ne pas résister aux crues, soit se révéler inefficaces pour atteindre le bon état écologique.  

 

La technique existe donc. La demande européenne est clairement signifiée par la Directive Cadre sur l’Eau. Les agences augmentent dans leur 9eme programme les lignes budgétaires pour subventionner jusqu’au 80% ces travaux. Mais trouveras t’on des associations ou des élus suffisamment motivés pour permettre aux cours d’eau de retrouver un bon état écologique ?

Publié dans divers

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englander 04/01/2011 11:31


voir le SIVOA (syndicat de la vallée de l'orge aval) 91 qui fait ce travail depuis 15/20 ans. JL Englander (ancien président)