A quoi ressemblaient les rivières avant ça ?

Publié le par Onema

A l’heure où il est question de restaurer les écosystèmes aquatiques, je vous propose un voyage dans le temps, remontons 2 ou 3 millénaires en arrière avant que l’homme ne domestique la nature : avant les digues, avant les bulldozers, avant l’exploitation du lit des cours d’eau pour en extraire les granulats nécessaires à nos routes ou nos maisons, avant les canaux, avant les barrages, avant même le défrichage des forêts pour l’agriculture… La dernière glaciation est déjà loin derrière nous, l’Europe occidentale est couverte de forêts, d’importants troupeaux de grands cervidés, de bisons et d’aurochs évitent les meutes de loups, les lynx et les ours.

Les hommes créent des campements au bord des terres fertiles des cours d’eau…

Pour ne pas écrire ici une thèse complète, je vous propose de ne pas vous décrire les torrents et ruisseaux dont il reste encore de nos jours des exemples relativement proches de ce que pouvaient voir nos ancêtres. Le dépaysement risque d’être plus impressionnant en imaginant les rivières de plaine, la Seine, le Rhin, la Garonne, le Rhône, ou cette Loire qu’on qualifie de dernier fleuve sauvage français. Toutes mes excuses pour les habitants du pourtour méditerranéen, inondés en ce moment, mais cet article ne concernera pas non plus leurs si particulières rivières.

 

 

 Il ne coule pas que de l’eau dans un fleuve ! On nous a tous appris à l’école ce qu’est l’érosion, en hautes eaux, une rivière charrie ce que l’on appelle son « transport solide ». Selon l’importance des pluies, la géologie de son bassin et le relief, l’eau érode ou dépose des matériaux.

  Il y a relativement peu de barrages  sur la Loire (photo ci contre), les digues sont assez éloignées du lit, les berges sont rarement protégées par des enrochements et le fleuve a connu moins d’extractions de granulats que les autres cours d'eau français.

 Aussi la Loire a gardé la possibilité de faire naître des îles, donc des bras plus ou moins vifs (voir morts s’ils ne sont plus connecté au fleuve que par leur extrémité aval ou qu’en crue, personnellement je préfère qu’on les appelle noues). 

   Le Rhin il y a moins de 200 ans (avant les travaux de Tulla) était l’exemple type d’un fleuve sauvage. Les cartes de l’époque sont spectaculaires et montrent une multitude de bras.

Bien sur tous les fleuves ne font pas des tresses avec leurs bras.

   Certains cours d’eau sont si calmes qu’ils se perdent dans des marécages comme la Somme en amont d’Amiens.
   D’autres très nombreux, ne transportent que des sables et des limons et creusent alors leurs berges pour former de larges méandres.

 

Mais ce qu’il manque à toutes ces photos, c’est de la forêt. Pour vous aider, voici une photo d'une des quelques reliques de la magnifique forêt alluviale du Rhin.

Une vraie jungle ! Comme en Amazonie (si dessous) ?

Pas si sûr, nos forêts alluviales n’ont pas la même dynamique que la forêt tropicale. Les colons Nord américains ont décrit les rivières de leur continent. Ces cours d’eau étaient caractérisées par de très importantes accumulations de bois ! Ces gros débris ligneux jouaient le rôle de déflecteur, provocant des changements d’orientation du courant, accélérant ainsi la formation des méandres puis leur coupure.

 

Des barrages naturels (mais franchissables par les poissons) se formaient, permettant à la rivière de créer un nouveau lit en cherchant à les contourner. Malgré le rôle important des racines pour la stabilisation des berges, le lit des cours d’eau changeait probablement lors de chaque crue, déracinant encore plus d’arbres et entretenant le phénomène.

Les pionniers américains font état de vallées si marécageuses que les convois suivaient le bord des versants plutôt que de longer les cours d’eau.

Toutefois il ne faut pas imaginer des milieux totalement fermés. En changeant de lit, le cours d’eau laisse de vastes plages de galets ou de sable que les espèces pionnières mettent du temps à coloniser. De plus, il ne faut pas oublier la présence des grands herbivores qui entretenaient de belles prairies dans les parties concave des méandres.

En fait la disparition à grande échelle des zones humides dans les vallées alluviales a donc commencée dés l’époque gallo-romaine avec le défrichage de la forêt. De nos jours, il ne reste plus que des lambeaux de ripisylves et la plupart des cours d’eau sont entretenus c'est-à-dire que les arbres sont taillés et les embâcles éliminés.

  Bien que foncièrement écolo, je ne souhaite pourtant pas retourner à l’âge du bronze. Les paysages européens sont aujourd’hui façonnés par des siècles d’agriculture (i.c. la sylviculture). La population européenne n’a rien à voir avec celle du moyen age, et il faut bien la nourrir, lui fournir de l’électricité, des moyens de transport, etc.

Il est donc totalement utopique de souhaiter un retour à une nature sauvage. Bien sur, rien que par curiosité, je meure d’envie de pouvoir découvrir de telles rivières. Il existe encore dans certaines régions du globe quelques sanctuaires, en Colombie britannique par exemple. Pourquoi pas en France, cela pourrait être le rôle d’un parc naturel.

Mais si aujourd’hui, la population se concentre dans les villes, dépeuplant les campagnes. Si l’agriculture produit plus que nos besoins et que subventionnée, elle ruine l’agriculture des pays en voie de développement. Si les zones humides permettent de réduire les inondations, les sécheresses, les pollutions diffuses. Si l’Europe décide que ses rivières doivent atteindre un bon état d’ici 2015 … On peut rêver d’un compromis entre activités humaines et nature un peu plus sauvage.

Le débat est lancé.

A vos commentaires.

  

 Pour en savoir plus :

-         Sur l’érosion, le site de l’Université de Liège : technique !

-         La thèse d’ Oldrich Navratil

-         Sur le site de furura sciences : je vous le recommande pour ses illustrations, visitez les 7 pages consacrées à l'Allier

-        Agence de l’eau RMC, la gestion des boisements de rivières  : de biens bonnes idées très documenté.

-   La thèse d'Anne Thevenet sur l'intéret des gros débris ligneux pour les poissons.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

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javafred 19/09/2005 22:12

excellent article comme d'habitude.

sfl94 16/09/2005 19:06

Merci pour ton passage sur mob Blog et pour tes commentaires, et merci pour tes informations et ton attachement à l'eau, la nature et à la protection de la planète.
A bientôt.

Onéma 16/09/2005 18:20

Je ne pensais pas qu'il restait des zones aussi bien préservées sur le Rhone. C'est réconfortant même si cela ne représente que quelques kilomètres.
Merci Ysengrin et Speculoos.

Ysengrin 16/09/2005 13:24

Tiens, une adresse que m'a fait découvrir Speculoos :

http://photos.du.rhone.free.fr/acces_photos.htm

Ysengrin 14/09/2005 13:12

Pas grave, on y va en bateau. A rames (en bois).

Ou alors, on marche, l'hiver, ça se fait, faut juste un bon anorak (en laine).