L’impact des barrages sur les cours d’eau

Publié le par Onema

Une rapide revue bibliographique

 

 

Les barrages qui subsistent aujourd’hui sur les cours d’eau ont, dans leur majorité, été créés pour l’énergie, notamment la meunerie.

 

Un recensement effectué en 1808 ferait état de près de 100 000 moulins pour une population de 29 millions d’habitants, soit un moulin pour 300 habitants. Aujourd’hui il n’existe que des recensement ponctuels et non exhaustifs : 3600 ouvrages en Rhin-Meuse (étude CSP disponible à la délégation régionale de Metz), plus de 8000 en Seine-Normandie.( http://www.ile-de-france.environnement.gouv.fr/directivecadre/dceedl/indexdceedl.htm chapitre E-2.).

 

 

Plusieurs scientifiques ont décrit l’impact des barrages sur les cours d’eau.  Pour l’Agence de l’eau, Malavoi (http://www.eau-loire-bretagne.fr/PDF/Etude_Seuil.pdf)  en a fait la synthèse que je résume ici :

 

 

  • Le ralentissement de l’eau lié aux barrages hydrauliques est un facteur favorisant le développement des Cyanobactéries (dont certaines sont neuro-toxiques).

     

  • Le déficit alluvial lié au piégeage provoque en aval, à plus ou moins long terme et sur une plus ou moins longue distance, une disparition des substrats alluviaux. Ces substrats sont des habitats privilégiés pour de nombreuses espèces d’invertébrés benthiques, de végétaux aquatiques, de poissons.

     

  • Le piégeage puis l’accumulation des sédiments fins dans les retenues se traduisent généralement par un changement radical des biocénoses aquatiques.
  • Les ouvrages hydrauliques ont un impact :

     

    • drastique sur les grands migrateurs, qui ont d’ailleurs disparu de la majeure partie des bassins français au cours du XIXème siècle,

       

    • important sur les espèces holobiotiques, pour la plupart néanmoins migratrices d’eau douce» (Truite fario notamment) pour lesquelles les obstacles posent des problèmes de cloisonnement des milieux, et, dans certains cas (Truite fario, Brochet…), d’accès aux zones de reproduction.

       

  • D’une manière générale, les seuils induisent à leur amont une augmentation des profondeurs d’eau et une réduction des vitesses. L’augmentation des profondeurs et la réduction des vitesses a des effets majeurs sur les processus  physico-chimiques. On constate généralement une augmentation de la température de l’eau, notamment en étiage, ce qui se traduit par une baisse de la teneur en oxygène dissous.

     

  • Le fonctionnement par éclusées de certains barrages hydro-électriques rend difficile l’installation et de maintien de la faune et de la flore aquatique.

Tous ces impacts ne s’appliquent pas forcement à tous les barrages selon leurs caractéristiques et celles du cours d’eau sur lequel ils sont implantés. Certains seuils peuvent aussi présenter quelques impacts positifs pour l’environnement.

 

Mais moins de 10 % des barrages ont aujourd’hui un usage économique : production d’hydro-électricité, maintien d’une ligne d’eau pour permettre la navigation, prises d’eau ou stockage pour l’irrigation, pisciculture. Les autres sont plus ou moins à l’abandon et certains menacent d’être emportés lors de chaque crue.

 

 

Sacré problème à tel point que les premiers SDAGE (Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestions des Eaux) préconisaient (mollement) leur ouverture voire leur effacement. Mais un SDAGE n’étant pas « opposable aux tiers » c'est-à-dire aux propriétaires, très peu de barrages ont été « ouverts ». Au contraire de l’argent public a parfois été investi pour remplacer d’anciens vannages manuels par des barrages à clapets automatiques (13% des seuils sur certains affluents de la Loire) à durée de vie plus courte et moins franchissables pour les poissons.

 

 

 

Même le Ministère de l’écologie et du Développement Durable reconnaît que : « les barrages font obstacles aux migrations des organismes biologiques et en premier lieu des poissons. En outre, ce type d'ouvrage modifie les caractéristiques morphodynamiques et hydrauliques des rivières (ralentissement du courant, réchauffement de l'eau, envasement, eutrophisation) ». Dans une note sur l’intérêt écologique de l’arasement de 3 barrages. A lire : http://www.rivernet.org/general/dams/decommissioning/decom3_f.htm#Note

 

 

Mais aujourd’hui le projet de loi sur l’eau (http://www.senat.fr/dossierleg/pjl04-240.html), réécrit les articles de loi qui empêchait la création de nouveaux barrages sur certaines rivières et qui obligeait sur certains cours d’eau les propriétaires de barrages à réaliser des ouvrages de franchissement pour les poissons. Il revoit aussi à la baisse la notion de débit réservé (celui qui reste dans la rivière après détournement vers une turbine) pour les barrages hydro-électriques sur les cours d’eau méditerranéen et les cours d’eau important (débit>80m3/s).

Bien sur il propose une redevance pour appliquer le principe pollueur/pailleur. Mais seulement pour les barrages ne produisant pas d’électricité (ceux là payaient déjà), de plus de 5 m : croyez moi, il n’y en a pas beaucoup !

 

Quand on connaît l’impact des barrages, pourquoi ce cadeau aux producteurs d’électricité ?

Serait-ce parce que les 90 de barrages actuels ne produisant pas d’électricité ne sont pas rentables s’ils ne sont pas subventionnés ?

Ou serait ce aussi que la part de l’électricité « renouvelable » est passée de 17 à 15% en France alors qu’une directive européenne impose que 21% de l’électricité produite par les états membres soit renouvelable (solaire, éolien, hydau) ? A lire : http://www.industrie.gouv.fr/energie/renou/rapp-art3.pdf

 

Quelle cohérence !

 

Publié dans politique de l'eau

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